Article d'A. Froger paru dans la Nouvelle république du Centre-Ouest le mercredi 5 août 1992 en page locale de Châtellerault d'après des informations données par M. Rémy Champigny.

M. Champigny pour qui nous avons une pensée émue. Il était la mémoire de Thuré, c'est grâce à lui et à ses recherches que nous connaissons l'histoire de notre village. Nous lui devons énormément. Il nous a quittés le 1er octobre 2002 à l'âge de 92 ans.

Thuré : un bourg

monté sur trois tours

La quatrième reste là pour mémoire. Elle rappelle le souvenir de la baronnie.

 

La croix
          hosannière maintenant dans le cimetière

 

'AGGLOMERATION de Thuré s'est bien transformée au fil des siècles. La partie nord actuelle (café des sports, embranchement de la route des Chevaliers) avait encore des allures de faubourg au XIXe siècle avec des lieudits tels que La Grille, au coeur de la place contemporaine, La Bernarderie, Les Saboureaux, de part et d'autre de la rue du Collège, La Navière, Le Prieuré... Le petit peuple vivait concentré autour de l'église ou un peu au-delà vers la route de Scorbé et la rue du Cimetière. En revanche s'il était possible de concentrer l'évolution échelonnée au cours des siècles pour en faire un film, on verrait s'opérer sur l'écran un curieux basculement : le château réduit à l'état de vestige a été relégué hors les murs alors que jusqu'au XIXe siècle il occupait le coeur de la cité.

Sur elle, il exerçait son ascendant. Elle lui était redevable de tout et la rue du Vieux-Palais qui longe l'église rappelle que le seigneur faisait valoir son droit de haute et basse justice dans le palais aménagé à cet effet. Ce détail nous est fourni par M. Rémy Champigny, qui tout en étant notre contemporain a aussi la faculté _ comme d'autres ont une double ou une triple nationalité _ d'être contemporain des barons de Thuré. A l'origine du château, une mitre qui est celle des barons évêques de Poitiers, mais une mitre un peu trop grande sous laquelle se cachent les visages de plusieurs fondateurs possibles, G. de Montaigu, 1405; Pierre Trousseau III, 1409; Simon de Cramaud, 1413; Guillaume Hugue de Combarel, 1424. Entre ces différents évêques, notre interlocuteur ne saurait trancher. Une chose est certaine à ses yeux : le château fut fondé au début du XVe siècle. Une autre l'est tout autant : il fut échangé en 1447 par l'évêque Guillaume Gouge de Charpagne contre le château d'Harcourt à Chauvigny, avec monsieur le Duc d'Anjou qui y installa Hugues de Billy et son écuyer maître d'hôtel.

Rémy Champigny ne perd plus jamais le fil qui de Hugues à Chérade de Montbron, déjà marquis de Clairvaux, nous achemine jusqu'à la Révolution en passant  par Louis, bâtard du Maine; François Redont et quelques autres comme Martin Martineau, dont le fils, Samuel, bachelier en théologie, docteur en Sorbonne, fut évêque de Bazas. Précision qui incitera probablement les Thuréens cheminant entre Bordeaux et Pau à faire étape dans le petit évêché désaffecté pour honorer l'enfant du pays parti là-bas revêtir la pourpre !

En 1869 les quatre tours subsistaient 

M. Champigny serait disposé à nous présenter un par un les occupants successifs, mais si l'on faisait plutôt rapidement   le tour du château ! Près de l'actuelle pharmacie, subsiste une colonne corinthienne qui marquait l'entrée principale. Enjambant la petite route de Besse, un porche permettait au seigneur de gagner son jardin aménagé sur les terres fertiles situées à l'est du bourg. Au long de la rue du Porche, subsiste un corps de bâtiment qui hébergea probablement un officier du baron.

Des canalisations en terre dont subsistent des vestiges amenaient l'eau de la fontaine du Bois-Livry (proche de La Barbelinière) jusqu'aux douves.

A l'intérieur du périmètre délimité par ces dernières, des servitudes agricoles _ écuries et fenil _ possèdent des linteaux qui attestent leurs nobles origines. Enfin, la tour à machicoulis reste pour mémoire dans la partie est. "Il s'agit de l'une des quatre tours encore mentionnées en 1869 par Adolf Jouanne dans son Dictionnaire topographique de la France", rapporte Rémy Champigny alors qu'en 1900 n'en subsistait déjà plus qu'une !

Le château avait été acheté à la Révolution par Louis Vaucelle et les trois tours en question ont ensuite servi à ses héritiers qui en ont utilisé les pierres pour construire les maisons situées sur le côté sud de la place, donnant au bourg de Thuré une bonne part de sa physionomie actuelle. Avec l'un de ces héritiers, Rémy Champigny avoue un brin de parenté. Sans doute à cause de cela, assume-t-il une part de culpabilité (coupable mais non responsable) dans la démolition du château, lui qui par ailleurs se bat sans relâche pour la sauvegarde du patrimoine !

"Ainsi, dit il, pourquoi laisse-t-on tomber en ruine la belle croix hosannière du cimetière (qui autrefois se trouvait sur la place). N'est-ce pas assez que des vandales s'étant introduit dans l'église, en 1976, aient dérobé la grappe de la Vierge au raisin (sculpture en bois polychrome du XVIe siècle) que les vers rongent inexorablement."

                                                                                                                            A. FROGER.

 

 

Les cuisines du château 

A côté de la route du Carroir-Bernard subsistent les anciennes cuisines qui communiquaient avec le château par un souterrain creusé sous les douves. Ce sont deux belles pièces voûtées converties à usage de caves. Naguère elles appartenaient à Firmin, un homme d'une très grande hospitalité.  Les gens de Thuré et Rémy Champigny en particulier, se souviennent que pendant la guerre, époque où les distractions étaient rares, celui-ci tenait souvent cave ouverte et les visiteurs fort nombreux répondant à son invitation étaient invités à défiler derrière les tonneaux pour «taster» les différents vins. Firmin eut un tel succès que les équipes de basket de toute la région se bousculaient pour pouvoir rencontrer celle de Thuré et bénéficier de cette insolite troisième mi-temps (comme diraient les footballeurs).

  

Tour vue
                  de la rue du Vieux-Palais

Mairie après rénovation

Les maires de Thuré

        1792 : Champigny (1) maire

                  Plazanet, officier municipal

                  Barbotin, officier municipal

                  Pasquier Charles, officier public

        1793 : Savaton Joseph, officier public

                  Villaumé Antoine, officier public

1793-1795 : Vautelon François, maire

1796-1799 : Catin Louis, agent municipal

                 Aubert Simon, agent municipal

1799-1814 : Baudy Jean, maire

1814-1830 : Pasquier Pierre, maire

1830-1836 : Baudy René, maire

1836-1838 : Bruneteau Jean, maire

1838-1841 : Creuzé Philibert, maire

1841-1848 : Pasquier Pierre, maire

        1848 : Savatier Pierre, maire

1848-1858 : Champigny Jean, maire

1858-1884 : Baudy Zoé, maire

1884-1922 : Champigny Théodore, maire

1922-1927 : Amiet Jules, maire

1927-1959 : Faulcon René, maire

1959-1977 : Compaing de la Tour Girard Louis, maire

1877-1983 : Cresson Edith, maire

1983-2001 : Marquois Claude, maire

        2001 : Deyna Jean-Claude, maire.
        2014 : Dominique Chaine.

(1) Le 28 octobre 1792, remise des registres paroissiaux par le citoyen Lhuillier, curé de Saint-Pierre de Thuré aux officiers municipaux. Signé : Champigny, maire ; Plazanet, officier municipal ; Barbotin.

La démographie à Thuré aux XVI, XVII, et XVIIIe siècles

 

Retour page Histoire